Le pèlerinage de Benoîte-Vaux (4)

Publié le par Karolvs


Troisième jour de la neuvaine.

Le matin, tout achevé à la coutume, le signal pour sortir fut le mot d'entretien pour ce jour-là sur la vertu d'humilité à pratiquer en trois manières, qui devaient aider à supporter la fatigue du voyage : 1° réveillant le souvenir de nos fautes et péchés, sujets de nos malheurs ; 2° nous estimant indignes de faveurs et de secours, étant criminels de lèse-majesté divine ;  3° marchant cette matinée dans la confusion de nous-mêmes, bien joyeux d'être punis en ce monde, où nous ne devons chercher autre appui qu'en la Vierge, étant après son Fils le refuge des pécheurs ;  et ce mot "Refuge des pécheurs" fut le mot du guet pour passer en assurance parmi les transes de cette vie, principalement ce jour, et faut dire : Refugium peccatorum, ora pro nabis.

La sortie fut autant solennelle que l'entrée du soir ; en sortant, on pria M. le curé de recommander à son peuple le sujet du pèlerinage de messieurs de Nancy. Le reste à l'accoutumée.

A midi, l'examen, et la revue sur l'exercice du mépris du monde, de l'amour du ciel et de la magnanimité dans les difficultés du chemin ;  et, après le repas, on tira droit à Saint-Mihiel, où nous étions attendus avec belle préparation : plus de cinq cents personnes sortirent en bel ordre, avec les ecclésiastiques revêtus de surplis ; précédés de quatre grandes croix et de plus de cinquante enfants revêtus et ornés expressément d'écharpes, de rubans, et tous le bâton de pèlerin en main : ainsi cette belle troupe nous conduisit à leur paroisse, où les prières commençaient à s'achever, que le chapelain qui devait prêcher se trouva tellement épuisé du chant et de la fatigue du chemin que, se tournant vers un bon ecclésiastique chanoine de Saint-Georges de Nancy, il lui dit tout bas qu'il ne savait où il en était, et qu'il ne pouvait rien dire, étant sec et aride. Il n'importe, lui répondit cet homme de bien, levez-vous et ouvrez la bouche, Dieu parlera ; ce qu'il fit tout simplement ; et, le signe de la croix fait, tout à coup il lui vint en mémoire qu'ils étaient dans une ville dédiée au grand saint Michel, dont la fête de l'apparition se faisait ce jour-Ià, et, élevant sa voix plus forte qu'auparavant, dit de grand cœur : "Courage, messieurs, nous voilà donc logés pour notre dernier gite à l'enseigne des Anges, et demain nous irons, moyennant Dieu, rendre nos devoirs à Celle qui est logée par-dessus tous les chœurs des anges";  et ainsi qu'il était temps de se revêtir des qualités d'ange, si nous voulions être des bons anges, c'est-à-dire envoyés et députés de la ville de Nancy ; et que les qualités qu'il fallait emprunter des anges étaient : la première, la pureté ; la deuxième, la simplicité ; et la troisième, la mortification ou le détachement de tout ce qui n'est pas Dieu ou Marie.

Cette pureté consiste à avoir l'intention ou l'entendement de plaire à Dieu et à Marie, sans mélange d'aucun intérêt La simplicité doit être dans l'affection et la volonté de faire entièrement la volonté de Dieu et de Marie. Et enfin la mortification, en tous nos comportements, pour ne rien faire ni dire qui puisse mal édifier qui que ce soit, particulièrement cette nuit, où il y avait danger de se laisser aller au débauche de ceux qui faisaient la fête.
 
Ce qui réussit si bien, par la grâce de Dieu, que le lendemain on nous fit entendre que la venue de nos pèlerins à Saint-Mihiel y avait apporté la modestie, la retenue et le bon odeur du Christianisme.


A suivre : le 4ème jour de la neuvaine : Saint-Mihiel, Thillombois, Courouvre ; arrivée à Benoîte-Vaux

Publié dans De 1477 à 1648

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