On a trouvé l'Amérique à Saint-Dié ! (1)

Publié le par Karolvs

Le 4 mars 1493, le Génois Christophe Colomb, de retour à Lisbonne après un voyage fait pour le compte du roi d'Espagne, annonce avoir atteint les Indes en navigant vers l'ouest.
En 1497, un autre navigateur, l'Anglais Sébastien Cabot annonce qu'il a lui-aussi atteint une terre, située au nord-ouest et qui pourrait être l'ancien Vinland dont il est question dans les sagas des Vikings, ou bien la Chine.
Deux ans plus tard, le Portugais Vasco de Gama revient d'Inde, qu'il a atteinte par la route la plus longue en contournant l'Afrique, et l'an d'après, en 1500, un autre Portugais, Pedro Alvares Cabral, qui veut suivre la route ouverte  par Vasco de Gama, part trop loin à l'ouest et rencontre une autre terre inconnue qui ne figure sur aucune carte : le Brésil.

 

En une seule décennie, on a fait plus de découvertes qu'au cours des 1000 ans précédents, et l'Europe s'en émerveille. 

 

Les grands voyages du XVème siècle

  Les grandes découvertes
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C'est dans cette ambiance de "fièvre découvreuse"  que circulent en 1503 dans plusieurs villes d'Europe, des feuilles imprimées intitulées "Mundus Novus".
 Mundius novus... un nouveau monde.

Mundus Novus est un petit traité écrit sous la forme d'une lettre, qu'un marchand nommé Albericus Vesputius adresse à un banquier de Florence (Lorenzo di Pierfrancesco de Médicis) pour lui relater un voyage vers les terres nouvellement découvertes, auquel il a participé en 1501. Et pour que tout le monde le sache (Amerigo fait sa promotion), la lettre initialement écrite en langue toscane est publiée en latin "afin que tous les gens instruits puissent voir combien de choses prodigieuses ont été repérées pendant ces jours, combien de mondes ignorés jusqu'à présent ont été découverts, et aussi tout ce qu'ils renferment".

 

Mundus Novus connaît une diffusion exceptionnelle. Il est réimprimé plusieurs fois, dans toutes les langues d'Europe. Albericus Vesputius y annonce une chose étonnante : la terre où il a accosté en faisant voile vers l'ouest n'est pas l'Inde, mais un pays absolument nouveau et ignoré, situé entre l'Asie et l'Europe. Albericus affirme que ces régions complètement inconnues, qu'il est allé explorer sur ordre des souverains d'Espagne et du Portugal, peuvent être qualifiées de nouveau monde : "Novum mundum appellare licet", écrit-il.

 

Le 4 septembre 1504 paraît chez un imprimeur de Florence un mince cahier de seize feuilles, en langue toscane, qui s'intitule "Lettera di Amerigo Vespucci delle isole nuova­mente trovate in quattro suoi viaggi" : lettre d'Amerigo Vespucci relative aux îles découver­tes au cours de ses quatre voyages. Le titre nous en appren­d davantage sur cet inconnu. D'abord, il s'appelle Amerigo, et non pas Alberico, et son patronyme est Vespucci, et non Vespucius. Ensuite, le préambule de la Lettera, adressée à un grand seigneur, indique qu'Amerigo est né à Florence. 

 

Amerigo Vespucci   Détail de la carte de Waldseemuller représentant Amerigo Vespucci
   

le préambule indique aussi qu'Amerigo s'est rendu en Espagne en tant que marchand et qu'il a exercé cette profession pendant quatre années. Dans cette activité, il a d'abord connu des succès, puis des échecs qui l'ont décidé à renoncer au commerce, pour participer à des voyages d'exploration vers les nouvelles terres à l'ouest, armés par les souverains d'Espagne et du Portugal. 
Amerigo Vespucci indique qu'il a pris part à 4 expéditions :

- mai 1497 à octobre 1498, sous pavillon espagnol

- mai 1499 à septembre 1500, également pour le roi de Castille

- mai 1501 à octobre 1502 sous pavillon portu­gais (c'est le voyage "Mundus Novus")

- mai 1503 à juin 1504, également pour les Portugais

 

En conclusion de la Lettera, Vespucci annonce une grande œuvre -un véritable livre- consacré à ces nouveaux mondes, qu'il a l'intention de mener à bonne fin dans sa ville natale dès qu'il aura eu le loisir de se retirer. Cette œuvre ne verra jamais le jour (ou alors, elle ne nous est pas  parvenue). De ses écrits, il ne reste  ces deux opuscules : "Mundus Novus" et la "Lettera". Il n'y a pas de quoi faire entrer d'Amerigo Vespucci dans l'immortalité, mais une succession de hasards viendront au secours de ces quelques pages et, finalement, son nom restera dans l'histoire pour toute éternité, en devenant le nom d'un continent.

 

Et c'est en Lorraine que se matérialisera le hasard qui fera que l'Amérique s'appelle aujourd'hui l'Amérique.


 

à suivre

Publié dans De 1648 à 1789

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