Le pèlerinage de Benoîte-Vaux (5)

Publié le par Karolvs


Cinquième jour de la neuvaine, 10 de mai.

Ce beau jour de samedi fut bien véritablement dédié au service de la sainte Vierge ; tous les exercices de la procession y furent pratiqués, les confessions et communions réitérées, et le reste.
Photo publiée avec l'aimable autorisation de Therion
Entre légende et réalité

Sur les sept heures, messieurs de la congrégation s'assemblèrent sous leur bannière, avancèrent dans un petit vallon, et là, chœur contre chœur, récitèrent tout l'office de Notre-Dame, et quantité de bonnes gens auprès
d'eux redirent leur chapelet. De là, revinrent ensemble dans la chapelle, où la messe du pèlerinage fut solennellement célébrée, autant que la petitesse du lieu et la multitude des assistants purent le permettre ; elle fut chantée à notes. Sur la fin d'icelle, le prêtre célébrant, ayant fait sa communion, prit en main le saint sacrement, se tourna vers le peuple, et aussitôt voici sortir de la sacristie, le flambeau de cire blanche allumé, le sieur Claude Voillot, seigneur de Valleroy, conseiller secrétaire d'Etat, commandements et finances, et président de la Chambre des Comptes de Lorraine, et pour lors préfet de la congrégation des bourgeois de Nancy, qui, se prosternant devant le très-auguste sacrement pour faire amende honorable, les yeux baissés, le cœur contrit et d'une modestie ravissante, l'adora très-profondément ; puis, ayant demandé permission à ce Fils aimable, s'adressa à la Mère, avocate des pécheurs, la consolation des affligés et le refuge des pécheurs, lui présenta son placet, et puis, pour et au nom des deux duchés Lorraine et Bar, de tous ses consodalites, présents et absents, et au sien particulier, récita la belle oraison qu'on dit ordinairement à la congrégation pour se dédier à la sainte Vierge : "Sainte Marie, mère de Dieu, etc." ; laquelle achevée, tous ceux qui étaient pour lors dans la chapelle et dehors, aux environs, n'y pouvant entrer, se prosternèrent par terre, et, pour ratifier ce que le premier de leur bande venait de faire, s'écrièrent tous : "Amen, amen", et puis reçurent le sacré corps de Jésus-Christ, pour sceller dans leur cœur les propos et résolutions qu'ils venaient de faire.

Ainsi se passa la matinée.


Sur les deux heures, on s'assembla sous l'enseigne ordinaire de la bannière de Notre-Dame de B. V., pour se trouver en ordre dans une petite plaine à côté de la chapelle, vers l'orient, où tous, en bon ordre, écoutèrent le mot d'exhortation que leur fit là (la chapelle étant trop petite pour les contenir) le chapelain ordinaire, qui dit en trois mots ; 1°qu'en la dévotion de Notre-Dame se trouve le germe de la prédestination et les arrhes de la béatitude ; 2° que c'est quelque chose d'être dévot dans un extraordinaire pareil à celui ; mais que le secret d'un bon chrétien, c'est de l'être dans les occasions d'offense et en toutes nos actions ; 3° qu'il importait de bien affermir dans ce saint lieu nos résolutions, les recommander à la sainte Vierge, pour les stabiliser, et enfin nous souvenir quand nous lui dirons "Montrez-vous être notre Mère", qu'elle nous dit récip
roquement : "Montrez que vous êtes mes enfants".

Cela dit, on commença le Veni Creator, et on vint processionnellement dans la chapelle ; ceux qui ne purent y entrer s'arrangèrent tout autour pour assister aux vêpres et complies, qui y furent récitées par messieurs les congréganistes.

Sur les six heures du soir, au bruit que la procession des confrères du Saint-Rosaire de Verdun venait, notre bannière fut promptement élevée, et nos messieurs à leur devoir, pour faire honneur à ceux qu'ils ne connaissaient qu'en qualité de pèlerins de Notre-Dame de B. V. Ils virent huit Pères dominicains chantant fort modestement, et en tête le R. P. prieur, qui, l'étole au cou, était chargé d'un grand et gros crucifix de bois, pour montrer aux enfants de Marie, qui les suivaient en grand nombre de la très-dévote ville de Verdun, que, pour aimer la rose, il ne faut mépriser les épines qui la sou
tiennent ; ainsi ces fervents Virdunois, après avoir fait leur dévotion dans la chapelle, s'en allèrent au gîte à Neuville, parce qu'il y avait trop de gens dans le petit lieu de B. V. Un des motifs qu'eurent ces messieurs de Verdun fut de venir congratuler et prendre part à la dévotion de nos très-fervents pèlerins de Nancy.

De cette entrevue, on retourna à la chapelle, y faire le salut et y recevoir la bénédiction de la sainte Vierge : ainsi se passa le cinquième jour de la neuvaine.




A suivre : les 6ème et 7ème jour de la neuvaine : départ de Benoîte-Vaux ; Koeur, Sainte Lucie, Commercy

Publié dans De 1477 à 1648

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