Le pèlerinage de Benoîte-Vaux (2)

Publié le par Karolvs



Récit de ce qui s'est passé tous les jours de la neuvaine

Le premier fut le 6 mai 1642, jour de mardi dédié à la mémoire de la Vierge-Marie. Ce fut aux pieds de Notre-Dame de Bonnes Nouvelles où on fut bénir la bannière, et que les pèlerins furent prendre la bénédiction de leur maîtresse avant partir. On sortit à petit bruit, à cause de la guerre, et on alla au lieu dit les Trois Maisons pour s'assembler et s'arranger, et  là, à deux genoux, on fit les premières prières de l'Itinéraire, après lesquelles le chapelain député pour les prêcher, montant sur un petit coteau leur dit brièvement : que les actions des hommes ne valent qu'autant qu'on les fait valoir par les bonnes intentions qui leur furent déduites, qu'il fallait un grand courage pour entre-prendre résolument un tel dessein, et imiter Isaac qui va courageusement pour être immolé, et que 3 conditions sont requises pour cela, l'humilité, la pureté du cœur et la générosité. Le reste de la journée s'employa selon le dessein susdit.

Sur le soir, comme il fallait entrer dans la ville de Toul pour y gîter, on pria les deux Pères Capucins que Monsieur le gouverneur de Nancy, M. le maréchal de l'Hôpital, avait députés pour faire le pèlerinage pour lui et en son nom, d'aller devant donner avis et prendre la licence, de M. le gouverneur, d'entrer dans la ville, et, de Messieurs les vénérables chanoines, d'aller poser la bannière aux pieds de Notre-Dame au Pied d'Argent, qui est dans leur église-cathédrale. Ce qui fut accordé avec grande civilité. Le bruit que messieurs de la ville de Nancy venaient en procession, en grande humilité et modestie, fut aussitôt répandu par la ville de Toul et fit mettre tout le monde en posture pour voir et admirer ce qu'ils ne pouvaient comprendre. Le Parlement de Metz y était séant pour lors ; les conseillers, les présidents, et tous avec leurs dames et demoiselles, les uns en carosse, les autres à pied, quantité de cavaliers et une bonne partie du peuple, sortirent hors la ville pour contempler cette belle procession.

Là où se trouve la dévotion de Marie tout y est ravis-ant ; ils virent, mais que virent-ils ? ils virent les députés de Nancy, des présidents, des conseillers, des échevins, des avocats, des bons bourgeois, des dames, des demoiselles, des délicats, des vigoureux, et tous généreusement marcher à pied, le bâton de pèlerin d'une main et le chapelet de Marie en l'autre, chantant les litanies de Notre-Dame, les yeux baissés, les larmes aux yeux, en habit modeste de pénitent, en esprit d'humilité et d'un cœur contrit : ainsi entrèrent-ils dans la ville, Monsieur le gouverneur les reçut à la porte fort civilement, la garnison faisait haie, toutes les cloches de la ville résonnaient, et toute la ville marchait côte à côte de ces nouveaux pèlerins.

D'abord que messieurs les vénérables furent avertis que messieurs de Nancy allaient en pèlerinage à Notre-Dame de Benoitevaux, avec dévotion désireuse de rendre leurs devoirs et respects et adorations dans leur métro-politaine, à Dieu, adorant la portion du St. Clou qu'on y conserve en grande vénération, et la Vierge, mettant leur bannière à l'autel de l'image miraculeuse de Notre-Dame au Pied d'Argent, à saint Etienne et à tous les saints dont il y a quantité de saintes reliques, promptement tinrent chapitre, c'était à la fin de leurs vêpres, pour savoir quel honneur ils leur rendraient.

Monsieur l'archidiacre Midot, fort versé à la lecture des titres et monuments de leur église, prenant la parole, dit brièvement qu'il avait lu dans leurs chartes qu'autrefois il s'était présenté un pareil cas, et que messieurs de Nancy du temps du duc René de Lorraine, allant à Benoîtevaux, entrèrent processionnellement dans la ville, dans le même dessein que les modernes, et que, venant droit à St-Etienne, messieurs les vénérables les reçurent en corps, sortant hors l'église dans le parvis, comme pour recevoir Monseigneur l'évêque qui viendrait prendre possession de son évêché. Et, comme le temps pressait fort, monsieur l'archidiacre, et avec lui tout le chapitre, conclut qu'on.en ferait autant dans la présente occasion.

C'est pourquoi, tout promptement, les grandes armoires qui environnent l'autel, dans lesquelles sont les reliquaires, furent ouvertes et le maître-autel paré comme le jour de Pâque : un des chapelains, avec le surplis et l'étole, prit la précieuse relique du saint Clou, se porta au milieu de l'autel, et tout le corps de messieurs les vénérables sortit pour recevoir les pèlerins de Nancy, allant à Notre-Dame de Benoitevaux ;  les orgues, la musique et toutes les démonstrations de joie, de civilité et d'honneur, furent abondamment faites à ces humbles pénitents de Lorraine, qui, s'approchant avec un redoublement de dévotion, vinrent les uns après les autres adorer la sainte relique du Clou, qui a tenu par amour le Sauveur de nos âmes attaché en l'arbre de la croix, et, le genou en terre, la baisèrent avec révérence, disant au fond de leur cœur : "Fichez, mon Dieu, bien avant dans mon intérieur le clou de votre sainte crainte, et tenez attaché à la croix mon corps par la mortification", ainsi que leur avait enseigné leur chapeIain ;  et, se levant avec respect, passèrent et firent la révérence devant la première image de Notre-Dame au Pied d'Argent, disant : "Montrez que vous êtes notre mère" ; et ainsi, les uns après les autres, entrèrent tous dans l'église, où messieurs, rangés dans le chœur, eurent la patience d'attendre que toute la procession fût entrée, et la musique ne cessa de chanter les louanges de Dieu et de la Vierge jusqu'à la fin, que nos pèlerins prirent congé et remercièrent messieurs les vénérables de l'honneur et du honheur qu'ils avaient reçus dans leur église.

Quand tout le monde fut retiré, les chapelains allèrent faire compliment à quelques-uns des messieurs du chapitre de la part de messieurs les pèlerins, et les principaux allèrent rendre leur devoir à messieurs du Parlement.

Messieurs les vénérables, par un surcroît de civilité, vinrent trouver les Pères Chapelains par un de leurs députés, pour dire qu'ils avaient commandé à leurs vicaires et chantres d'être aussi matineux qu'ils vou-raient pour ouvrir les portes, préparer les autels, et fournir tout ce qui serait nécessaire pour dire les messes et donner la sainte communion.



A suivre : le 2ème jour de la neuvaine : Toul, Foug, Commercy

Publié dans De 1477 à 1648

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Karolvs 28/09/2010 22:06



Bonjour,


Le récit du pèlerinage de la ville de Nancy à Benoite-Vaux, par M. Léon GERMAIN, a été publiés en 1883 dans la 3ème série - XIème volume des "Mémoires de la société
d'archéologie lorraine et du musée historique lorrain.


Ce bulletin est disponible sur Gallica, la bibliothèque numérique de la BNF.


Bien à vous, en espérant avoir le plaisir de vous croiser souvent sur ce blog et sur le forum qui lui est associé : Le Couarail 


Karolvs



fairy 28/09/2010 20:46



bonjour, je suis en amster d'histoire et fais des recherches sur notre dame de benoite vaux, vos articles sur le pélerinages de 1642 m'interesse tout particulierement, pourriez vous me citer la
source d'ou vous sortez toutes ces informations s'il vous plait.


 


Cordialement